Andrea Camilleri -intervistato da un giornale francese-

Italie.
Andrea Camilleri, écrivain à succès.
«Un régime masqué et rampant»


Ses polars avec le commissaire Montalbano, flic sicilien courageux mais sans illusion, comme ses romans ironiques sur la Sicile du début du siècle dernier continuent de battre tous les records de vente en Italie. Ecrivain à succès dont deux nouveaux livres viennent de sortir en France (1), Andrea Camilleri, 80 ans, est aussi un intellectuel qui, depuis des années, dénonce haut et fort les dérives de l’Italie berlusconienne.Comment jugez-vous le bilan de Silvio Berlusconi ?
Il a créé une espèce de régime et j’emploie à dessein ce mot que l’on utilisait pour le fascisme même s’il s’agit dans ce cas d’un régime masqué et rampant. Une énorme quantité de lois ont été approuvées au Parlement en abusant de la question de confiance afin d’éliminer tout débat et en profitant de la majorité dont il dispose dans les chambres. Le régime rampant, ce sont aussi les purges contre des journalistes qui dérangent à la télévision publique ou la censure de certains programmes. C’est aussi l’instauration de lois sur mesure afin d’éliminer de postes clés des personnes qui déplaisent. Comme la loi créée ad personam afin d’empêcher l’ancien procureur de Palerme Giancarlo Caselli de devenir le chef du parquet national antimafia en retouchant la limite d’âge. Aujourd’hui, un vrai nostalgique de Mussolini vote pour Silvio Berlusconi et non pour Gianfranco Fini, le leader d’Alleanza nazionale, le parti issu du défunt mouvement néofasciste.

Comment expliquez-vous le silence pendant des années de tant d’intellectuels ?
Je me considère avant tout comme un narrateur, un conteur d’histoires et moi, comme d’autres intellectuels tels Umberto Eco, Antonio Tabucchi, Gianni Vattimo, Vincenzo Consolo, Claudio Magris et tant d’autres, nous ne sommes pas restés muets. Quant à ceux qui ont préféré rester silencieux, il faut leur en demander directement les raisons.

Qu’est-ce qui vous choque le plus dans le «berlusconisme» ?
Le climat de laxisme et de je-m’en-foutisme généralisé. Je pense par exemple aux lois qu’il a faites pour permettre le retour en Italie, comme si de rien n’était, des capitaux exportés illégalement pendant des années. Il y a aussi un système institutionnalisé qui permet par exemple de construire une villa sur une plage domaniale puis, avec un peu d’argent, de tout régulariser. Le déplacement continu des limites entre légal et illégal entraîne un énorme malaise qui n’est pas seulement moral. C’est ce que j’appelle la morale du motorino (le vélomoteur). Avec le motorino, on double et on se faufile, on peut aller à contresens et griller les feux rouges. On peut faire ce que l’on veut en se moquant des règles. C’est le règne du plus malin, du plus riche et du plus fort.

En tant que Sicilien, vous êtes aussi choqué par la baisse de la garde vis-à-vis de la mafia. Pourquoi ?
Il ne peut en être autrement quand un gouvernement fait tout pour affaiblir ceux qui combattent en première ligne le crime organisé. Quand Berlusconi dit que les juges sont anthropologiquement des fous et des gens différents, il énonce aussi une vérité. Il faut en effet être un peu dingue pour sacrifier sa vie à la légalité comme l’ont fait Giovanni Falcone, Paolo Borsellino et tant d’autres. Mais, au-delà du paradoxe, quand un Premier ministre énonce de tels propos, il délégitime ces serviteurs de l’Etat et rend service à la mafia. Il s’agit de phrases totalement irresponsables.

Pourquoi Berlusconi continue-t-il à être crédité des suffrages de près d’un Italien sur deux ?
Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. Malgré tous ses échecs, George W. Bush a remporté un deuxième mandat et il continue à être soutenu par une majorité d’Américains. En outre, Silvio Berlusconi sait user à merveille d’une rhétorique populiste promettant des réductions d’impôts ou des logements pour tous. A cela s’ajoute évidemment le poids des télévisions qu’il possède et le contrôle qu’il a en tant que chef du gouvernement sur les chaînes publiques. Mais, désormais, ce grand bonimenteur fait de moins en moins illusion.

En cas de nouvelle victoire de la droite, seriez-vous préoccupé pour la démocratie italienne ?
Je serais mécontent d’une victoire de la droite mais pas inquiet. Il ne faut pas confondre la droite et Berlusconi, qui est tout autre chose et bien pire. Même si j’ai des positions diamétralement opposées, je peux parler avec quelqu’un de droite comme Gianfranco Fini, qui reste dans le champ du politique.

Certains intellectuels, comme Umberto Eco ou le philosophe Gianni Vattimo, assurent qu’ils quitteront le pays en cas de victoire de Berlusconi. Que ferez-vous ?
Que ceux qui veulent prendre la route de l’exil le fassent. Personnellement, je préfère rester en Italie et exprimer mes opinions tant que cela sera possible.

P.S. à savoir -> Jamais sanctionné
Mis en cause une bonne demi-dizaine de fois pour fraude fiscale, évasion fiscale, faux en bilan, corruption de magistrats, et par trois fois condamné en première instance, Berlusconi a toujours échappé en appel aux sanctions judiciaires, notamment pour prescription.

One thought on “Andrea Camilleri -intervistato da un giornale francese-

  1. Orla, magari se riporti anche la traduzione nella nostra lingua si riesce a capire qualcosa…

    Grazie

    Il solito patriota conservatore e tradizionalista

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