Fallimento italiano…


Ne disposant que d’un siège de majorité au Sénat, le gouvernement italien de gauche est tombé mercredi. Pour être reconduit, le président du Conseil lorgne vers le centre droit ou on verra…

Trop de contradictions, trop de lacérations internes, et sans doute une ambition sans proportion avec la réalité des chiffres au Sénat où l’exécutif de centre gauche ne disposait pas d’une majorité le mettant à l’abri de revers cinglants, voilà les raisons de la chute mercredi du gouvernement Prodi qui n’aura duré que 281 jours.

Si l’on analyse plus en détail le résultat négatif du vote au Sénat sur les orientations de politique étrangère, présentées par le chef de la diplomatie, Massimo D’Alema, on constate que Romano Prodi n’est pas tombé à cause d’un conflit ouvert avec le parti Refondation communiste, comme ce fut le cas en 1998.
Il a chuté pour deux raisons. D’abord, parce que les roues de secours qu’étaient censés représenter certains des sept sénateurs à vie n’ont pas fonctionné. L’ancien président de la République, Oscar Luigi Scalfaro, est tombé malade tandis que l’ancien président du Conseil, Giulio Andreotti, proche du Vatican, et Sergio Pininfarina, considéré comme l’homme de la Confindustria (patronat italien), ont décidé au dernier moment, et contre toute attente, de s’abstenir.
“… Comme au temps de l’euro en 1997”
Ensuite parce que deux sénateurs communistes ont joué les dissidents en refusant de suivre les directives de leur parti. Le choix de maintenir la mission militaire en Afghanistan et de respecter la décision du précédent gouvernement qui avait donné son feu vert à l’extension de la base militaire américaine de Vicence ne les satisfaisait pas. Ils ont donc fait perdre deux autres voix décisives.

En clair, le gouvernement est tombé parce qu’il ne tenait pas sur ses deux jambes. Faute d’une marge de manœuvre suffisamment large pour absorber les volte-face de certains sénateurs, il aurait pu tomber à tout moment crucial de la vie politique.
Par exemple, sur le projet de loi des Dico, les pacs à l’italienne, auxquels certains parlementaires, issus de la mouvance catholique la plus proche de l’épiscopat italien, sont opposés, ou sur la réforme des retraites, ou encore sur les grands travaux d’infrastructures et les déréglementations. C’est le risque d’une coalition hétéroclite, avec à ses deux extrêmes, les ex-démocrates chrétiens et l’aile la plus radicale de la gauche.
Le politologue Stefano Folli va encore plus loin en rappelant qu’il n’y avait pas dans l’équipe gouvernementale « de grande motivation commune comme au temps de l’euro en 1997 ». Pourtant, la plupart des forces de la coalition de centre gauche ont indiqué très clairement après la démission du président du Conseil remise mercredi soir au président de la République qu’elles continuaient de soutenir Romano Prodi lors des consultations entreprises dès le jeudi 22 février par le président Giorgio Napolitano. Ce dernier devant vraisemblablement charger Romano Prodi de reformer le gouvernement et de retourner devant le Parlement pour un vote de confiance.

“La saison Prodi est terminée”
Mais pour combien de temps ? « Si les forces politiques de centre gauche ne s’efforcent pas de trouver une véritable cohésion sur des points précis, il est illusoire de croire que le gouvernement Prodi 2 durera », dit Stefano Folli. Et d’ajouter : « L’hypothèse d’un élargissement de la base parlementaire doit être vue à l’intérieur de ce cadre. »
Pour éviter que les mêmes problèmes ne resurgissent au Sénat, par exemple dès le prochain
vote sur le financement des forces militaires envoyées en Afghanistan, Romano Prodi a affirmé qu’il avait besoin d’une équipe réellement soudée, qui ne limite pas ses ambitions réformatrices, « sans quoi, a-t-il ajouté, je rentre à Bologne et recommence ma carrière de professeur ».
Pour disposer d’une majorité élargie, il lui faut récupérer des sénateurs de l’opposition. Comment et en échange de quels compromis ? Cette question reste en suspens. La droite conservatrice dirigée par Gianfranco Fini, le parti Forza Italia de Silvio Berlusconi et la Ligue du Nord sont unanimes : « La saison Prodi est terminée. »
Restent les centristes de l’UDC qui comptent 20 sénateurs et qui ne sont ni favorables à des élections anticipées ni convaincus par le leadership de Silvio Berlusconi et se montrent plus ouverts. « Nous sommes disponibles pour dialoguer avec le centre gauche », a déclaré le secrétaire de l’UDC Lorenzo Cesa, « à condition qu’il y ait une discontinuité, ce qui signifie un pas en arrière par rapport à la gauche radicale ». C’est donc au centre que la carte du « Prodi bis » va se jouer.

Anne LE NIR, à Rome

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